pilule antigone

Arrêt de la pilule : effets, conséquences et liberté

​Un billet un peu plus sérieux que les autres, à propos de la pilule contraceptive. Ça fait longtemps que je pensais l’écrire.

Peut-être avez vous lu la tribune parue dans Libération le 2 avril 2019, écrite par Marie-Hélène Lahaye, militante féministe, Sabrina Debusquat, journaliste et Diglee, illustratrice.

J’ai arrêté la pilule il y a 7 ans, après l’avoir prise consciencieusement pendant onze an​​s.

Onze année sous pilule

A 16 ans, quand j’ai commencé à avoir des amoureux. Ma mère, qui flippait d’être grand-mère trop tôt, m’a emmenée voir un gynécologue qui m’a prescrit la pilule directement, et je l’ai prise des années sans me poser de questions. Je me souviens avoir fait une prise de sang, mais le gynécologue ne m’a pas parlé des effets secondaires et ma mère m’a simplement dit que ce n’était pas un passeport pour faire n’importe quoi.

diane35J’ai pris 4 kilos en deux semaines et des boutons sur une joue. Deux mois après, j’avais changé de pilule pour la tristement fameuse Diane 35, qui n’était pas remboursée à l’époque. Beaucoup de nanas la prenaient parce qu’elle permettait de traiter l’acné. J’ai appris des années plus tard que Diane 35 n’avait jamais reçu l’autorisation de mise sur le marché pour être un contraceptif. Elle a été retirée du marché en 2014, après le décès de plusieurs femmes. Après quelques années, j’ai pris un générique, pas plus remboursé mais moins cher. Aucun de mes différents copains (3 relations sérieuses entre 16 et 31 ans, dont une relation de 10 ans…) ne m’a jamais proposé de m’aider à financer mes plaquettes, ni demandé comment je supportais la pilule.

Ainsi sont passées les années. Onze années. Je l’ai prise religieusement chaque soir (ou presque, ça m’est arrivé de l’oublier).

Puis, après 25 ans, alors que je commençais à faire attention à ce que je consommais, à manger sainement, j’ai commencé à me poser des questions sur ces hormones de synthèse que j’ingérais chaque soir. Les conséquences sur la biodiversité, notamment les poissons. J’ai lu à cette époque l’excellent livre de Martin Wrinckler le Choeur des femmes. J’en avais parlé à mon gynéco, qui m’avait déconseillé d’arrêter la pilule : « pourquoi vous embêter avec d’autres moyens moins fiables et plus compliqués ! Et puis, ça se saurait si c’était dangereux. » Ca, c’était en 2009.

L’arrêt

L’année de mes 27 ans, ma relation avec mon ex, avec lequel j’étais déjà depuis 6 ans, était dans un creux de vague. On faisait moins l’amour qu’à une époque. Un soir où je devais entamer une nouvelle plaquette, au moment où j’allais avaler mécaniquement mon comprimé, je l’ai regardé longuement, et j’ai décidé d’arrêter la pilule. De reprendre le contrôle de mon corps.

Les effets

Je n’ai pas eu de règles pendant 9 mois. J’ai eu des sautes d’humeur. J’ai dû être un peu chiante à cette période, à pleurnicher parfois pour un rien. Mon ex a été patient sur ce coup.

Puis j’ai perdu un peu de poids, sans rien changer à mon mode de vie. Ma libido est remontée. Ce n’est pas pour autant qu’on a remonté la vague à ce moment-là, au passage. Il a fallu attendre encore un peu pour cela. Du coup c’était frustrant.

J’avais dans l’optique de me faire poser un stérilet en cuivre (surtout pas aux hormones, évidemment, et au vu du scandale actuel avec le Mirena), mais une amie m’avait parlé de la difficulté de trouver un gynéco qui accepte d’en poser un à une nullipare -quel terme délicat pour désigner celles qui n’ont pas eu d’enfant- et que ça faisait mal, puis que c’était l’hémorragie chaque mois. Du coup j’ai attendu. Quatre ans. Quatre ans à stresser tous les mois parce que bon, on avait beau « faire attention », le retrait c’est bien mais pas mal de bébés sont nés ainsi.

J’ai fini par me séparer de mon compagnon. J’ai enchaîné quelques relations, dont une nocive, mais aussi une dont j’aurais aimé à l’époque qu’elle dure plus longtemps mais le contexte en a décidé autrement. Avec lui, je m’étais décidée à faire poser ce stérilet. Nous étions alors à l’étranger et je n’ai eu aucun mal à trouver un gynécologue pour me le poser (si en France ce n’est pas simple, ce n’est pas le cas dans tous les pays. Aux USA c’est même le moyen de contraception le plus utilisé). J’ai eu plus mal lors de l’acte : j’ai beuglé tout ce que j’ai pu pendant les secondes qu’ont duré la pose. Mais depuis, c’est la tranquillité absolue.

Les conséquences

Je sens et vis mes cycles différemment : j’ai quelques douleurs pré-menstruelles que je n’avais pas auparavant, sous pilule. Mais je sens les quatre phases de mon cycle.

Chaque femme est unique et nous vivons toutes notre contraception à notre façon. J’ai néanmoins lu beaucoup de billets de blogueuses sur ce sujet et j’ai l’impression qu’en France, une réelle prise de conscience s’opère. Les chiffres semblent appuyer mon constat : 20% de femmes ont délaissé la pilule sur les dernières années.

J’ai lu que certaines nanas l’arrêtent progressivement. Je ne sais pas si c’est mieux ou pas que de l’arrêter brutalement comme je l’ai fait.

La pilule a eu des bénéfices sociologiques pour les femmes en permettant la libération sexuelle, le contrôle des naissances, et en ce sens elle a été progressiste. Mais il n’y a qu’en France (et en Allemagne je crois) qu’elle est prescrite presque automatiquement. Dans les autres pays, seules 10% des femmes la prennent.

J’envisage aujourd’hui la symptothermie. Il s’agit d’un processus naturel, on prend la température de notre corps. On en a ainsi le plein contrôle. Et quid de la contraception masculine ? Perso, je ne suis pas du tout pour la pilule pour homme. Si c’est pour qu’ils subissent les mêmes désagréments… Je sais qu’il existe quelques solutions, comme le slip chauffant. J’en ai parlé à Pénélaud, mais pour l’instant la question ne se pose pas dans notre couple. On verra l’année prochaine.

Peut-être mon histoire répondra aux interrogations de certaines femmes, peut-être pas. Dans tous les cas, puisse mon témoignage rappeler que la prise de la pilule n’est pas un acte anodin et qu’elle n’est pas sans conséquence.

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3 commentaires pour “Arrêt de la pilule : effets, conséquences et liberté

  1. Ma copine aussi a arrêté la pilule il y a un moment. C’est cher, la flemme d’aller chez le médecin, et puis la capote systématique marche bien jusque-là.
    Le slip chauffant en ce qui me concerne c’est mon slip normal. J’espère juste que je ne suis pas devenu stérile à force de rester assis (surtout devant l’ordi).
    Il y a une autre alternative que je trouvais sympa bien qu’un peu déconcertant, c’est l’interrupteur, mais c’est encore en phase de test : https://fr.ubergizmo.com/2016/01/09/contraceptif-pour-homme-interrupteur-a-sperme.html

  2. Je ne suis pas chaud non plus pour la contraception chimique. Non seul l’impact environnemental est pourri mais en plus elle est contre nature. Ma femme est passé au stérilet depuis plusieurs années, dans son cas, elle a gardé son côté chieuse (j’avais espoir).
    Dans le cas de de l’homme j’avais lu un article qui expliquait qu’il y avait des risques à devenir complètement stérile car dans le cas de la femme, il y a un système de cycle,, la pilule compte la dessus dans le cas des hommes, ce n’est pas vraiment comme ça.

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